Chasseur : un intérêt public en question

Défenseur de la nature ou tueur d’animaux sans scrupule, le rôle du chasseur fait débat. A la croisée des nouveaux débats écologistes et animalistes de notre société, les chasseurs sont critiqués de toute part, ils entendent mener une contre-offensive. Aujourd’hui, les chasseurs se prévalent d’un vrai rôle social et écologique et se font plus verts que les écologistes.

Nicolas DUPREY (photo d’illustration)

Écologiste et même animaliste, la chasse redore son blason

« Je ne sais pas s’il y a plus écologiste que nous » Remi Doret, chasseur

« Promouvoir la chasse, défendre la ruralité et préserver la biodiversité » C’est le credo de la fédération nationale des chasseurs (FNC), navire amiral de la chasse en France qui rassemble plusieurs milliers d’associations de chasse. La FNC prétend défendre la nature et met en avant sur son site internet le rôle écologique de la chasse « 1 249 273 chasseurs français qui relèvent les défis environnementaux contemporains », « le développement durable passe plus que jamais par la voie de la filière Chasse ! ». Sur son site web au design des plus modernes, la FNC martèle les bienfaits de la chasse, à coté d’une vidéo d’un marcassin et d’une envolée d’oiseaux au-dessus d’un étang.

Ce discours du chasseur plus écologiste que les écologistes est défendu bec et ongles par certains chasseurs sur le terrain. « Je ne sais pas s’il y a plus écologiste que nous » nous annonce d’emblée Remi Doret vice-président de l’association des sauvaginiers des étangs, lacs et marais médocains et membre important du collectif des chasseurs de France en colère, comptant près de 18 000 membres sur Facebook. Prudent, le chasseur fait quand même la distinction entre la chasse aux gros gibiers « forcement d’utilité publique car trop de sangliers et de chevreuils sur les routes ça causerait des problèmes » et les chasses traditionnelles, à l’alouette ou à la glu, très critiquées, qu’il reconnaît volontiers comme des chasses de loisir seulement. Fabien Reigner, autre membre important du collectif, nous assure que ces chasses traditionnelles sont marginales et disparaîtront à la mort de la poignée de ses pratiiquants, souvent très âgés. Dans un communiqué du 1er août 2018, le ministère de la transition écologique a confirmé la réduction progressive des prélèvements des alouettes des champs, merles noirs, grives, vanneaux et pluviers dorés, qui sont chassés de manière traditionnelle. Pour l’alouette des champs, les prélèvements sont passés de 370 000 à 106 500 entre 2015 et 2018. Fabien Reigner est un chasseur des plus modérés, il parle de bien-être animal et « préfère prélever un animal de ses mains plutôt que manger un bout de viande sous cellophane qui a souffert dans un abattoir ». Convaincu de son rôle écologique, il estime que les chasseurs sont « les premiers sur le terrain » et nous fait part de ses nettoyages de la nature avec d’autres chasseurs.

Un revirement critiqué par les anti-chasses

Une chasse éthique et écologiste, les anti-chasses n’y croient pas. Pour Stan Broniszewski, militant AVA, Abolissons la Vénerie Aujourd’hui, collectif contre la chasse à courre, ce nouveau discours des chasseurs c’est « des boites de communication qui ont mis à jour leur communication et leur façade, rien n’a changé sur le terrain ». Pour ces militants, c’est la pratique de la chasse en elle-même qui pose problème car il demeure que les animaux sont les objets d’un loisir. Pour le militant picard, les chasseurs changent la forme de leur pratique pour ne pas disparaître, alors que la chasse est de plus en plus critiquée, notamment par les jeunes générations. Stan Broniszewski estime que le problème est la FNC. « La fédération a beaucoup de poids, elle a créé des liens dans les institutions, la FNC représente des associations rurales dans tous les villages de France, alors difficile pour les institutions de faire sans ce gros réseaux qu’est la chasse ». Les militants animalistes dénoncent la FNC, qu’ils estiment être un véritable lobby. Stan Broniszewski déplore le fait que pour défendre les animaux « il faut des années de combat avec des rapports scientifiques qui sont balayés » alors que les chasseurs n’ont pas eu à défendre leur pratique dans l’opinion, car ils sont influents dans les réseaux de pouvoir. Les anti-chasses ne donnent aucun crédit aux activités secondaires vantées par les chasseurs « couper les haies, ramasser les déchets, c’est annexe à la chasse, on peut le faire sans tuer des animaux » soutient Stan Broniszewski. Quant à la régulation, il admet qu’elle peut parfois être nécessaire, notamment pour les espèces invasives, mais il souhaite que la question soit posée démocratiquement.

La régulation : l’apanage du chasseur

Si le manque de données sur la chasse rend difficile de cerner le vrai rôle social du chasseur, l’état reconnaît bel et bien le rôle du chasseur dans la régulation. La régulation des espèces animales nuisibles est très encadrée par la législation et le ministère de la transition écologique. L’arrêté du 2 septembre 2016 relatif au contrôle par la chasse des populations de certaines espèces non indigènes permet la destruction d’espèces exotiques envahissantes comme le chien viverrin, le ragondin, le rat musqué, le raton laveur ou encore la bernache du Canada. Ainsi l’état reconnaît le rôle des chasseurs dans l’élimination des espèces invasives. L’arrêté décrit également les modalités de chasse de ces nuisibles, ainsi le ragondin et le rat musqué peuvent, toute l’année, être piégés, tirés et déterrés. Parfois la chasse est plus encadrée comme la bernache du Canada qui peut être tirée pendant une durée limitée et sur autorisation individuelle du préfet. Au niveau départemental, les préfectures mettent en place un schéma départemental de gestion cynégétique, qui cadre la chasse dans un département et permet de mettre en œuvre des politiques de régulation localisées, dont les chasseurs sont les premiers acteurs.

Axel PICHON

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