Un élan de solidarité s’organise pour supporter le confinement

Commune de Chassieu à l’heure du confinement. (Crédit : Alexis Rosset)

Après l’annonce du Président de la République pour lutter contre la propagation du Covid-19, la France et les français se barricadent. Contre l’isolement et le confinement, les initiatives solidaires se multiplient. Du service entre voisins, au troc, toute action peut aider. Reportage dans l’est de la banlieue lyonnaise. 

« On n’est pas angoissés, mais il faut dire que c’est anxiogène ». À l’autre bout du fil, Mireille* relate la situation qu’elle vit avec son mari. Il est 20h lorsque, comme Mireille, plus de 35 millions de français s’installent devant la télévision. Le Président de la République prend la parole depuis l’Élysée pour notifier les nouvelles décisions face au Covid-19. Concrètement, « les regroupements extérieurs, les réunions familiales ou amicales […] se promener, retrouver ses amis dans le parc, dans la rue, ne sera plus possible », déclare t-il d’un ton grave. Ces mesures ne sont plus des conseils mais des obligations : « toute infraction à ces règles sera sanctionnée », précise Emmanuel Macron.

« Rester profondément solidaire »

Le Président l’a martelé six fois lors de son allocution du 16 mars : « Nous sommes en guerre ! ». En « guerre » contre un virus, invisible mais qui oblige tous les Français à changer leurs habitudes. Pour Mélissa, une jeune étudiante lyonnaise : « évidemment que ça change le quotidien, d’habitude je suis chez moi le soir en rentrant du travail. Là il faut s’organiser au niveau du boulot mais aussi de la vie en couple. C’est compliqué ».

Des changements d’habitudes engendrant ennui et isolement que le gouvernement veut prévenir. Le Président l’a rappelé lundi 16 mars, les mesures annoncées ne doivent pas empêcher de « garder le lien, […] d’organiser aussi les choses avec nos voisins, d’inventer de nouvelles solidarités entre générations, […] de rester profondément solidaires ».

Dans les villes de banlieue, à l’est de Lyon, le message a été pris à la lettre : « on s’organise entre voisins, entre amis, tout en respectant les consignes », explique Gérard, la soixantaine et père de famille. Pour cet habitant de Chassieu, ce sont les petits arrangements entre amis qui vont aider. « J’avais une réserve de café, j’en ai filé trois paquets à des amis qui n’en avaient pas et qui ne voulaient pas faire deux heures la queue devant une grande surface. En échange ils m’ont ramené des choses que je n’avais plus non plus. Voilà, on s’arrange quoi ».

Si le « troc entre amis » se met petit à petit en route, ce n’est pas le cas chez tout le monde, certains s’accommodent facilement à la situation, sans chercher à rompre l’isolement imposé. Pour Jean-Yves, un jeune célibataire de 26 ans, résidant à Villeurbanne : « moi depuis le début du confinement, je n’ai aucun nouveau rapport avec mes voisins, mes amis ne viennent pas non plus à cause des mesures et je suis tout seul. Mais je suis pas inquiet de cette situation, j’ai fait l’intégralité de mes courses au supermarché. J’ai de quoi voir venir », affirme-t-il avec un sourire perceptible à l’autre bout du téléphone.

Des petits gestes dans le respect des règles d’hygiènes 

À quelque kilomètre de là, dans la petite ville de Genas, commerçants, producteurs ou encore artisans se sont regroupés autour des réseaux sociaux pour continuer leur activité. Le groupe Facebook Activ’Genas propose aux habitants de la commune des offres individuelles et personnalisées en fonction des activités de chacun. Un petit tour sur la page et très vite, de nombreuses offres et messages apparaissent. Des producteurs enregistrent les commandes des clients, les préparent, les livrent parfois même. Des artisans préviennent de la fermeture de leur commerce. Un seul mot d’ordre régit cette entraide entre habitants : « dans le respect des règles d’hygiène ». Sur le groupe on peut également trouver le message d’un fleuriste qui propose de donner gratuitement des bouquets de fleurs aux passants avant qu’elles ne fanent.

Enfin il y a les petits gestes du quotidien. Comme à Bron, commune proche de Chassieu et Genas, où Mireille est propriétaire d’une maison avec son mari. Sa voisine, Julie passe chaque jour depuis le début du confinement : « je ne veux pas la mettre en danger, mais je sonne tous les jours pour lui demander si elle a besoin de quelque chose. Je reste derrière le portail et elle sur son palier et on échange deux, trois banalités, et surtout je m’occupe d’aller acheter ce qui lui manque ».

Pour la mère de famille, aider ce couple d’octogénaires, est quelque chose d’évident. « Par exemple ce matin je suis allée à la boucherie je lui ai pris un petit stock de viande. Voilà on limite nos déplacements mais les siens également. Au final on se confine mais on s’entraide », explique t-elle. 
Ainsi, si la France est en « guerre », contre un ennemi « invisible, insaisissable » et que cette guerre « requiert notre mobilisation générale ». Une mobilisation qui commence par la solidarité.

* Le prénom à été modifié

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